Les analyses de laboratoire
Bien que l’évaluation visuelle des fourrages soit très importante, une analyse de laboratoire est nécessaire afin de fournir l’information requise pour la formulation des rations. De plus, elle permet de mieux comparer les différents fourrages disponibles sur la ferme sur une base objective. Les analyses de laboratoire sont des outils de régie indispensables comme par exemple dans le cas où plusieurs fourrages sont disponibles en même temps et qu’il faut déterminer les bonnes combinaisons d’aliments à servir au troupeau. Elles permettent également de mieux comprendre les variations de production de lait et les performances de reproduction qui surviennent en cour d’année.
Une analyse typique de laboratoire contient des résultats sur la matière sèche, la protéine brute, la fibre ADF et NDF et les minéraux majeurs contenus dans le fourrage analysé. Parfois, les cendres sont mesurées ainsi que la protéine endommagée par la chaleur. Plusieurs autres résultats (tels que l’énergie et la protéine digestible, l’énergie nette) peuvent être obtenus soit par calculs ou estimations à partir de valeurs mesurées afin de mieux définir la composition des aliments et des fourrages.
Une fois toutes ces valeurs connues, il faut être en mesure de bien les interpréter pour qu’elles soient utiles. Une bonne compréhension de la signification de chacune des valeurs indiquées sur les rapports d’analyse peut donner des indications sur les conditions de récolte, d’entreposage, de conservation ainsi que le comportement dans le système digestif des animaux.
Matière sèche
Représente le pourcentage du poids de l’aliment qui n’est pas de l’eau. Habituellement, les résultats d’analyse de fourrages sont rapportés sur une base de matière sèche pour éliminer l’effet de dilution de l’humidité. Cela permet de comparer plus facilement les fourrages entre eux et facilite la formulation des rations.
Du point de vue de la gestion, le taux de matière sèche permet d’ajuster le tonnage récolté et d’obtenir les vrais rendements de fourrage des champs. Elle est aussi très importante lors de la formulation des rations parce que les animaux ont besoin d’une quantité spécifique de matière sèche par jour. Comme les rations sont formulées sur une base de matière sèche, si le fourrage est plus humide que prévu, cela signifie que les animaux reçoivent plus d’eau et moins de nutriments que calculé. La proportion de grains de la ration augmente alors, créant un risque d’acidose. Une mauvaise évaluation du contenu en matière sèche des fourrages est souvent à l’origine de variations dans la production de lait et de gras.
Interprétation :
Pour le foin, un taux d’humidité excessivement faible (moins de 10%) peut indiquer un fourrage très fragile parce que très sec ou une perte de feuilles. Dans les deux cas, la faible qualité du foin est à prévoir. Une humidité trop élevée (> 14-18%) indique un risque de développement de moisissures.
Pour les ensilages, une humidité très faible (< 45%) peut signifier qu’il y aura ou qu’il y a eu des dommages causés par le chauffage pendant l’entreposage. Une humidité supérieure à 70% peut indiquer une mauvaise fermentation et un potentiel de problèmes de consommation.
ADF (acid detergent fiber)
Représente le contenu en cellulose, en lignine et en cendres de l’échantillon. L’ADF donne une indication sur la digestibilité du fourrage, les valeurs élevées indiquant un plus faible potentiel de digestion. Cette mesure est de moins en moins utilisée avec la venue de nouvelles analyses comme la NDFD.
NDF (neutral detergent fiber)
Représente le contenu des parois cellulaires, qui sont lentement digestibles ou non-digestibles (cellulose, hémicellulose, lignine, cendres). Donne une indication sur la quantité de matière sèche qu’un animal peut consommer. Plus il y a de NDF, moins l’animal consommera ce fourrage. Un fourrage contenant moins de NDF est de meilleure qualité qu’un fourrage avec plus de NDF.
Protéine brute
Pour les fourrages, représente la quantité d’azote multipliée par 6,25. La plupart du temps, plus le niveau de protéine est élevé dans un fourrage mieux les animaux performeront. Habituellement, plus le fourrage est jeune, plus le niveau de protéine brute est élevé. Toutefois, comme l’énergie est l’élément le plus limitant dans les rations, un fourrage riche en protéine mais faible en énergie ne donnera pas les résultats escomptés dans le troupeau. De plus, la suralimentation comme la sous-alimentation sont coûteuses à la fois pour la production et pour la santé de la vache. La valeur de protéine brute doit être utilisée avec précaution dans le cas où le fourrage contient de hauts niveaux de nitrates. À ce moment, il risque d’y avoir un surplus néfaste d’azote disponible dans le rumen au détriment des bactéries présentes. Les vaches fortes productrices peuvent parfois nécessiter plus de protéine à l’intestin que les bactéries ruminales sont capables de synthétiser. On parle alors d’un besoin en protéine non-dégradable (RUP) qui sera dégradée seulement à l’intestin.
Parmi les autres valeurs qui peuvent apparaître sur les rapports d’analyses, on retrouve :
ENL ou DE (Énergie nette de lactation ou énergie digestible)
Ces valeurs sont des estimés calculés et ne sont pas analysées. La plupart du temps, on mesure le contenu en fibre ADF et par calcul, l’ENL est obtenue. D’autres méthodes de calculs de l’énergie existent, basées sur des mesures multiples de NDF, de l’azote liée au NDF, de la protéine brute, du gras, de la lignine et des fibres.
ADIN ou ADICP (Azote ou protéine lié à la fibre)
Évalue la quantité d’azote qui a une faible digestibilité dans le rumen et l’intestin. Cette valeur sert à déterminer la qualité des foins ou des ensilages qui ont chauffé. Une valeur faible n’est pas problématique, mais des valeurs plus élevées peuvent réduire la disponibilité de la protéine.
Digestibilité de NDF (NDFD)
Cette donnée permet de connaître la quantité de NDF qui sera digérée dans le rumen d’une vache après 24, 30 ou 48 heures. L’important est de toujours comparer les résultats pour la même durée de digestion. Plus la digestibilité de la NDF est élevée, plus la consommation de la vache augmente.
La NDFD permet d’évaluer l’énergie disponible dans un aliment. Une NDFD élevée indique que la vache pourra utiliser plus de fourrages comme source d’énergie et ne sera pas obligée de compter autant sur la valeur des grains pour une production de lait donnée.
Pour voir des références complètes sur les valeurs moyennes de NDFD de plusieurs ingrédients, cliquez ici.
Composition des aliments et des fourrages
| Fraction analysée | Constituant chimique | Autres analyses | |||
| Humidité | Eau | ||||
| Matière sèche | Cendres | Minéraux et sable | |||
| Matière organique | NDF | ADF | Cellulose Lignine Azote lié à la fibre et azote endommagé par la chaleur |
ADICP et NDICP | |
| Hémicellulose | |||||
| NDS | NDSC | Fructanes Glucanes Pectines |
NDSF | ||
| Sucres Amidon Acides organiques |
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| Protéine brute | NPN (acides aminées, amines, urée) | RDP (dégradable) RUP (non-dégradable) |
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| Vraie protéine | |||||
| Extraits ethérés | Acides gras estérifiés Pigments et cires |
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*Azote lié à la fibre (ADICP et NDICP) et la protéine endommagée par la chaleur sont aussi trouvées dans la protéine brute et la protéine non-dégradable. Source: John Moore. Professor Emeritus of Animal Sciences, University of Florida.
Ball,D.M., M.Collins, G.D. Lacefield, N.P. Martin,D.A. Mertens, K.E.Olson,D.H. Putnam, D.J. Undersander, and M.W.Wolf. 2001. Understanding Forage Quality. American Farm Bureau Federation Publication 1-01, Park Ridge, IL
http://alfalfa.ucdavis.edu/-files/pdf/UnderstandingForageQuality.pdf
20.12.2008
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