Pourquoi mon voisin fait-il plus de lait ? On a le même ensilage !

Par Nathalie Gentesse, M.Sc., agr.

Vous en êtes conscients, les fourrages, c’est important dans la ration des vaches laitières. Qu’ils soient conservés sous forme de foin sec ou d’ensilage, ils sont essentiels pour la santé de la vache et de son rumen parce qu’ils fournissent une bonne quantité de nutriments, dont la fibre. Les ruminants ont d’ailleurs la capacité unique de transformer une ressource de faible valeur, l’herbe, en un produit à haute valeur ajoutée, le lait.

Dernièrement, j’ai eu connaissance d’un cas où la production de lait a chuté d’environ 3 litres par vache lorsque le producteur a commencé à soigner l’ensilage de son 2e silo. Pourtant, une analyse de routine montrait des résultats semblables pour la protéine et la NDF. Seuls les niveaux de matière sèche étaient assez différents. Après avoir éliminé plusieurs hypothèses qui auraient pu expliquer cette baisse de production, il a été décidé de pousser un peu plus l’analyse des deux ensilages d’herbe mélangés. Finalement, les ensilages étaient assez différents (voir tableau).

Ensilage 1 Ensilage 2
Matière sèche, % 39,4 57,1
Acides gras volatils (AGV) 8,06 5,06
NDF digestible, % 59 51


L’importance d’avoir un taux de matière sèche entre 35 et 45% pour une fermentation adéquate de l’ensilage est alors apparu. Un ensilage à 57% de m.s. est plus difficile à compacter. La compaction permet d’enlever l’air pour favoriser la fermentation anaérobique. Tant qu’il y a de l’air dans le masse, les bactéries aérobiques et les moisissures se développent avec pour effet la dégradation de la protéine en ammoniaque, l’hydrolyse des cellules d’herbe provoquant plus de pertes par coulage et la possibilité de production de mycotoxines.

Par ailleurs, un taux de matière sèche si élevé ralentit le développement des bactéries lactiques, qui sont responsables de la chute drastique du pH. Le fait de réduire rapidement le pH permet la destruction de bactéries pathogènes comme les salmonelles et les colibacilles et l’atteinte d’un état stable pour la conservation à long terme.

La cote des AGV de 5 versus 8 indique que la fermentation de l’ensilage 2 aurait besoin d’être améliorée. L’interprétation de cette analyse indique une trop grande production d’acide acétique et un manque d’acide lactique en début du processus de fermentation. L’explication probable est que la fermentation a pris trop de temps avant de s’installer parce que l’ensilage était trop sec. Un silo trop long à remplir et qui n’aurait pas été couvert pourrait donner ces résultats. L’utilisation d’un inoculant bactérien pour l’ensilage aurait pu permettre une baisse plus rapide du pH et moins de perte de qualité. Après vérification avec le producteur, c’est effectivement ce qui s’est passé à la récolte. Le retard dans la fermentation lui aura coûté une partie de la qualité initiale de la protéine de l’herbe et aura amputé la production de lait de ses vaches.

Finalement, l’évaluation de la digestibilité de la fibre NDF démontre une différence de 8% entre les deux ensilages. Or, il a été démontré que, pour chaque pourcentage de digestibilité gagné, on peut s’attendre à une hausse de production de lait entre 0,2 et 0,6 kg par jour selon la productivité initiale des vaches. Dans notre cas, ça peut expliquer une différence de production entre 1,6 et 4,8 kg de lait/vache/jour.

Il est bien connu qu’à mesure que les plantes vieillissent, leur digestibilité diminue. Aussitôt que les boutons floraux se pointent, la plante commence à produire de la lignine rendant beaucoup moins facile la digestion par les bactéries du rumen.

Admettant que la moins bonne qualité de son 2e ensilage lui a coûté cher, le producteur a vite fait ses plans pour la prochaine récolte. Il se promet de sortir la faucheuse dès les premiers boutons de fleurs et de mieux évaluer la matière sèche de l’ensilage afin d’obtenir une fermentation rapide de sa récolte.

05.01.2009