Pourquoi servir plus de fourrages ?
Par Nathalie Gentesse, M.Sc., agr.Les fourrages que vous récoltez, en ensilage ou en foin sec, sont les seuls ingrédients de votre ration sur lesquels vous avez un contrôle réel sur la qualité. Quand on a la chance de travailler avec un animal ruminant qui peut digérer autre chose que des grains, il faut en profiter ! Parlez-en aux producteurs de porcs pour qui les coûts des concentrés n’arrêtent pas de monter, mais qui ne disposent pas d’autres choix !
À partir du moment où vous disposez de fourrages d’excellente qualité et que vous commencez à réduire les quantités de concentrés servies, une cascade d’avantages se produit. Premièrement, les coûts d’alimentation sont grandement réduits. En privilégiant un environnement ruminal moins acide, cela permet d’améliorer la digestibilité de la ration. De plus, les risques d’indigestion et d’acidose diminuent, laissant un rumen en meilleure santé. Dans plusieurs cas, la production de lait va même augmenter.
Plus un fourrage est digestible, plus la vache en consommera.
La fibre digestible est la partie de la fibre NDF qui sert à nourrir la vache et les bactéries du rumen. En contrepartie, celle qui n’est pas digestible s’en va dans le fumier. En général, les ensilages de maïs et de graminées possèdent une digestibilité maximale très élevée. Celle de l’ensilage de graminées diminue par contre très rapidement avec la maturité des plantes. L’ensilage de luzerne ou de trèfle a une digestibilité moyenne qui varie moins que l’ensilage de graminées.
Plus le fourrage mature, plus la quantité de NDF s’accroît. Les vaches diminuent leur consommation à mesure que la quantité de NDF augmente. Par exemple, une vache de 600 kg pourrait consommer jusqu’à 47 kg d’un ensilage à 38% de matière sèche lorsque la NDF est autour de 40%. C’est environ 20 kg d’ensilage de plus qu’avec un ensilage à 65% de NDF !
Pour optimiser la digestibilité des fourrages que vous récoltez, il faut couper les plantes lors du stade végétatif, alors qu’elles contiennent plus de feuilles que de tiges et qu’il y a peu de lignine accumulée. On doit aussi accorder un rôle important à la vache qui consomme et digère ce fourrage ainsi qu’à la santé de son rumen. Par exemple, les rations riches en concentrés favorisent la croissance de bactéries qui produisent de l’acide, ce qui abaisse le pH ruminal très rapidement. Or, les bactéries qui digèrent la fibre ne survivent pas dans un milieu acide, ce qui a pour effet de diminuer leur nombre dans le rumen et donc la digestibilité des fourrages. Afin de favoriser leur croissance, il faut diminuer les quantités de concentrés dans la ration des vaches. La digestibilité des fourrages sera meilleure lorsque la ration contient moins de 40-45% de concentrés.
En résumé, plus la plante est coupée jeune, plus elle est riche en sucres, en énergie et en protéine. En plus, tous ces nutriments sont plus digestibles par la vache qui en retire un avantage au niveau de la consommation et de la production de lait. Pour chaque pourcentage de digestibilité de NDF en plus, la vache consommera 0,2 kg de matière sèche en plus et produira de 0,2 à 0,6 kg de lait selon son potentiel. La différence entre deux fourrage peut facilement être de 5 à 10 points d’écart, ce qui donne un potentiel de lait jusqu’à 6 kg en plus avec un fourrage jeune!
La saison de récolte est courte et vous devez faire tout en votre pouvoir afin d’obtenir des ensilages et du foin de qualité supérieur. En tout temps dans l’année, votre conseiller en alimentation peut vous aider à équilibrer votre ration en maximisant les quantités de fourrages et en réduisant les concentrés. Après tout, votre profit en dépend!
23.12.2008
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