Expliquons la mauvaise performance des fourrages 2008
Par Patrice Vincent, agr.Les conditions climatiques de l’été 2008 nous ont beaucoup embêtées. Il y a eu beaucoup d'eau et le soleil était très timide lorsqu'il ne pleuvait pas. Pour certains, les coupes de foin ont quand même été faites au bon stade de maturité et nous pouvions nous attendre à une bonne année laitière. Et pourtant, après une bonne fermentation, nos espoirs se sont rapidement estompés. Nos fourrages sont supposés être d'excellente qualité. Tout a été fait selon les normes. Comment peut-on expliquer la chute de lait si nos fourrages sont d'excellente qualité? La production, elle, nous indique des fourrages moyens. Qu’en est-il vraiment?
Où était le soleil?
La principale source d'énergie des plantes est le soleil. La photosynthèse permet aux plantes de produire des sucres avec la présence de la lumière pendant la journée. Beaucoup de lumière va permettre aux plantes de produire beaucoup de sucres. Cependant, nous savons que les plantes se développent différemment lors de conditions nuageuses prolongées. À partir des analyses laboratoires, nous nous apercevons que les plantes produisent moins d'hémicellulose dans ces conditions. Nous ne sommes cependant pas en mesure d'expliquer ce phénomène scientifiquement. L'hémicellulose se développe dans la partie interne de la paroi cellulaire et c'est la partie la plus digestible de la fibre. La cellulose et la lignine se développent dans la partie externe et elles sont les parties les moins digestibles de la fibre. Lorsque les fourrages fermentent dans le rumen, la digestion se fait à partir de l'intérieur de la paroi cellulaire vers l'extérieur. Nous avons donc des fourrages beaucoup moins digestibles que nous nous étions imaginés lors de la récolte, et ce, même lorsque récoltés à la bonne maturité. Les vaches vont manger des grandes quantités de ces fourrages à cause de la faible teneur en NDF. Par contre, la production de lait sera beaucoup plus faible qu'anticipée parce que les vaches vont consommer beaucoup de cellulose et de lignine qui sont peu ou pas digestibles. Si vous avez l'impression de gratter vos vaches plus souvent depuis l'automne, ce n'est pas une impression. Cette augmentation de production de fumier confirme qu'il y a moins de lait dans les fourrages cette année.
Et la fermentation dans tout ça?
Le manque de soleil a réduit la production de sucres dans les plantes. Pour les amateurs d'ensilage, ce n'est pas une très bonne nouvelle. Ces sucres sont la plus importante source d'énergie pour les bactéries responsables de faire fermenter les fourrages. Moins de sucre signifie automatiquement une fermentation clostridienne qui va nous emmener une production importante d'acide butyrique. Il y a beaucoup plus d'ensilages butyriques cette année et ça vaut la peine de tester pour connaître la concentration exacte. La vache peut supporter une consommation d'acide butyrique jusqu'à un niveau de 50 grammes par jour avant que les problèmes commencent. Nous avons également beaucoup d'ensilages dont la fermentation est incomplète. À cause des conditions climatiques, il se peut que les populations de bactéries indigènes responsables de la fermentation aient été lessivées par les pluies abondantes. Les indices qui peuvent nous donner une idée sont: un pH élevé (plus haut que 4,5), une concentration de sucres anormalement élevée pour un ensilage (en haut de 5%) et une faible concentration d'acide lactique et acétique à un taux de matière sèche normal (entre 35 et 40% MS). Avec tous ces nutriments disponibles, faites attention au chauffage à la reprise causé par les levures et moisissures. Le buffet est ouvert et elles n’ont qu'à se servir.

Que doit-on faire ?
Premièrement, on doit accepter que malgré tous nos efforts, nous avons des fourrages de qualité moyenne. Si nous avons récolté au bon stade de maturité, nous avons fait nos devoirs. Ensuite, comme les fourrages sont de qualité moyenne, on peut enlever le foin sec ou la paille dans les rations. Nous avons assez de fibres efficaces dans nos ensilages cette année. On peut aussi remplacer une partie de nos ensilages par des sous-produits fibreux très digestibles comme la pulpe de betterave, pulpe d'agrumes, écaille de soya, les drèches, graines de coton, etc. en autant que ça en vaut la peine économiquement. Il y a aussi certains additifs qui existent qui peuvent améliorer la digestibilité de la fibre des ensilages. Ajouter des grains ou des suppléments protéiques n'est pas une option responsable parce que nous ne pouvons pas remplacer une fibre moins digestible par un surplus d'amidon ou d'azote sans en subir les conséquences.
Peu importe les ajustements que nous allons faire, ça va simplement nous coûter plus cher à la fin de l'année et nous allons quand même subir une baisse de production. Soyons donc prudent et judicieux dans les décisions que nous allons prendre. La santé de nos troupeaux en dépend.
23.12.2008
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